“Musicamorosa” reviewed by Etherreal

Il y a des labels comme ça dont on sait, dont on pense devrait-on plutôt dire par sécurité, qu’ils ne nous décevront jamais. Le label portugais Crónica Electronica fait partie de ceux-là, et ce n’est pas cet album de The Beautiful Schizophonic, pourtant délaissé au fond d’une pile, qui va nous faire changer d’avis, bien au contraire. Les lecteurs les plus fidèles de ces pages auront déjà remarqué ce label, quant à ceux qui ont une mémoire infaillible, ils se rappelleront peut-être que nous avions déjà parlé de cet artiste, lui aussi portugais, notamment lors de sa participation au Product 06 (un split album entre trois artistes).

Jorge Mantas se présente comme un jeune romantique qui puise ses influences dans l’art en général et la littérature en particulier (Marcel Proust, Edgar Allan Poe, Dante Alighieri en tête). Mis à part La Lectrice, chaque titre de cet album est extrait de La recherche du temps perdu de Proust. Il va même jusqu’à comparer l’écrivain solitaire dans sa chambre parisienne insonorisée avec le compositeur moderne seul face à son laptop, le casque sur les oreilles. Il écrit “Les deux sont des rêveurs mélancoliques, créant à partir d’une mémoire imaginaire du monde”. A l’écoute de cet album, les pièces du puzzle se rassemblent et tout semble couler de source. Le Portugais sculpte les sonorités acoustiques, les mixe, les fusionnent pour créer des assemblages de nappes et drones aux teintes pastels, ralentissant le temps quand un avion semble suspendu en plein vol (zéphir marin, féérique comme un clair de lune), suivant le tempo d’un lent flux et reflux (cantiques à la gloire du soleil), suggérant parfois une mélodie mélancolique, pouvant même se faire inquiétant, voire menaçant quand les sonorités utilisées se révèlent glacées et métalliques (du fond du sommeil elle remontait les derniers degrés de l’escalier des songes). On pourra parfois penser à Biosphere, quand souffles lointains, hantés, se mêlent aux boucles mélodiques (l’éternel matin).

Parfois le son s’éclaircit un peu, une guitare fait clairement son apparition, répétitive, là encore comme si le temps s’était arrêté (On se souvient d’une atmosphère parce que des jeunes filles y ont souri.), comme noyée dans des effets (dans la chambre magique d’une sibylle), puis on a la surprise de trouver Colleen dans le rôle de La Lectrice en train de lire Proust, sans la moindre musique. Un peu plus loin c’est une boite à musique qui ouvre un jardin encore silencieux avant le lever du jour avant que drones et nappes mélodiques n’envahissent le tout.

Un magnifique album pour amateur d’ambient et drone music, une douceur infinie, une rêverie romantique qui se terminera par un remix de 13mn par @c pour un lent et lumineux retour à la réalité.

Fabrice Allard

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