“Two Novels: Gaze / In the Cochlea” reviewed by Facteur 4

Amateurs d’électronique fine, approchez !

Les notes de pochettes sont signées Christian Marclay : c’est donc un aîné imposant et hautement respectable qui nous introduit dans le monde de Keiko Uenishi (aka o.blaat), native du japon et new-yorkaise d’adoption. Celui-ci se matérialise à nos ouïes médusées par un disque diptyque : tandis que Gaze vient focaliser sur les liens synergiques qu’entretient Keiko avec quelques pairs (et non des moindres : Kaffe Matthews, Ikue Mori, dj Olive, Aki Onda & Akio Mokuno, Eyvind Kang, Toshio Kajiwara), In the Cochlea nous entraîne dans l’intimité du son disséqué par elle.

La palette sonique ici déployée est large, mais o.blaat (de même que ces invités) n’use pas de cette richesse dans le registre de la démesure. C’est plutôt une sensibilité hardie et avisée qui semble la guider : laisser au(x) son(s) le temps d’exister, de générer leur propre grammaire et de former leur subtile sémantique au fil de l’écoute. La minutie de l’édifice révèle le caractère évanescent de la présence musicale, cette puissance délicate et ténue. L’architecte méticuleuse se mue parfois en laborantine fervente rompue au maniement du microscope électronique.

Si Gaze nous donne à voir par ce qu’il nous fait entendre (et nous laisse entendre : n’oublions pas le hors champ…), In the Cochlea nous rabat les oreilles d’une manière plutôt civile, pour le moins attentionnée dans son objet d’investigation. “Cochlea” est cette partie de l’oreille interne qui convertit les vibrations sonores en impulsions nerveuses et rend ainsi intelligibles aux zones concernées de notre cerveau les méandres du bruit et de ses agencements. S’il nous est indiqué sur la pochette que cette deuxième moitié du disque fut au départ élaborée pour être écoutée au casque, l’amène musicienne nous avertit quand même : « However, a few tracks may be dangerous for sensitive ears. (be warned !) ». Dont acte.

Après ça, si vos sens ne sont pas trop éprouvés, vous pourrez encore prolonger l’expérience avec une piste vidéo qui vous emmènera dans le métro (new-yorkais ?) en compagnie de Keiko, scrutant de son œil numérique les lumières de la métropole au-delà de son propre reflet et d’un tag devenant le titre de la séquence, “swel”.

Ainsi, la douzième référence du label Crònica est une œuvre fine, séduisante et roborative ; elle constitue aussi pour le label un gage de qualité indéniable que l’auditeur insatiable et exigeant saura lire comme une invitation difficilement déclinable.

Sylvain Gauthier

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